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«S’il est impossible de ne pas penser à quelque chose, il reste encore possible de penser à autre chose.» Lewis Carroll

L’art me semble révéler quelque chose d’essentiel en ce qui a trait à ce que nous sommes.

Je me sens dans la peau d’un brodeur et d’un artisan dont la démarche et l’ambition sont celles, de créer du lien, de générer des relations. Je me sens l’héritier d’arts, de pratiques populaires et ancestrales que je métamorphose, réinterprète et m’approprie de manière contemporaine.

Mon travail a vocation à susciter. L’idée que ce que j’y injecte soit interprété et devienne l’objet d’une nouvelle histoire me stimule. J’aime le fait que ce que je crée puisse contenir une polysémie infinie de significations.

Ma démarche s’incarne au travers de différentes techniques (crochet, tissage, broderie, couture … ) et repose sur l’impératif de lien. J’aime travailler dans des contextes qui m’imposent de jouer avec des non – initiés, avec ceux qui précisément ne jouent par le jeu de l’art, les relégués, mais «qui sont» un point c’est tout et qui se laissent saisir dans une expérience que je veux mystérieuse. Dans des expériences qui renversent les rôles, les conventions; le beau, le moche, le vieux, le jeune, le noble, le mineur. Je pars le plus souvent de carence, de manque, de frustration pour réécrire une histoire, pour refondre, lier et créer un ailleurs.

Je fais des masques, de la broderie, des installations, des dessins, des légendes, les objets parfois s’incarnent et donnent lieu à des performances, des rencontres.

Les masques que j’ai crochetés ont fait l’objet d’une utilisation performative dans un home pour personnes âgés. En 2012, j’ai donc investi le home des Ursulines, à Bruxelles, pour une période de 6 mois dans la perspective de développer une sorte de thé dansant qui impliquerait les résidents. Ceux-ci y furent investis à différents titres. Ils y contribuèrent notamment par la confection des costumes. Ils ont été d’une certaine manière mes «mentors» en me transmettant leur connaissance technique. Je devenais les mains des têtes et savoirs de ces aînés. La période de confection a débouché sur l’événement dansant à la faveur duquel mes «partenaires» s’y sont prêtés avec des danseurs qui arboraient les masques et costumes. Le home s’est ainsi métamorphosé en galerie, en terrain d’exploration artistique. Les résidents, comme le personnel hospitalier sont devenus non pas spectateurs d’une exposition mais acteurs d’une performance bouleversant les rôles et statuts de chacun. Un dialogue s’est tissé et a donné lieu à des relations qui se sont pérénisées jusqu’à une exposition des masques au Musée d’Ixelles où tous les participants aux projets vinrent.

Les masques ont été déclinés sur différents supports, parmi ceux-ci des masques gonflables en plastique, qui ont notamment été crées à Tel Aviv. Les objets se révélaient dans toute leur latitude par les mouvements chorégraphiques.

Une autre série de masques fut créée cette fois-ci en métal. Inspirée par George Didi Huberman, l’idée était de représenter des mémoires gravées dans la boîte crânienne. A l’intérieur des têtes créées, j’ai perforé à l’épingle des dessins qui laissent pénétrer la lumière. Ceux-ci représentent la métaphore des souvenirs enfuit dans la boite crânienne. La série a été exposée notamment à la Galerie Alice Day, à Bruxelles, en 2007.

En 2011, Netwerk à Aalst accueillit mon projet Méduse. 300 sacs plastiques noués par un lien de laine qui s’évaporaient dans un mouvement provoqué par un ventilateur générant des ombres sur les murs de la galerie, envahissant lumière et espace.

La broderie constitue un de mes champs d’investigation de prédilection. J’aime la rigueur qu’elle impose et la symbolique d’une autre époque, celle du temps et de la durée.

Les dessins égrainent mon travail et s’inscrivent le plus souvent dans une mise en situation. Ils ont fait l’objet de plusieurs expositions.

Je me suis fait conteur! En 2012, 2013, j’ai eu l’opportunité, dans le cadre du Festival KANAL, à l’invitation du Centre d’Arts Contemporains Le WIELS, de me frotter à la problématique de la gentrification du quartier du canal de Bruxelles. L’ambition du projet était de parvenir à créer du lien entre les deux versants du canal, entre la partie dite «haute» et celle dite «basse». Mon idée, y contribuer par l’écriture d’une légende. Sur base des discours des habitants, la Légende du Canal fut ainsi écrite. Le canal n’évoquait plus une tension - mais par ce procédé - devenait un objet de mythe, appropriable par tout un chacun. En collaboration avec l’atelier de couture du VK*, et de couturières du quartierz, des patchworks ont été cousus en hommage à la légende et furent utilisés comme des drapeaux à l’effigie du symbole de l’histoire. Ils furent brandis aux fenêtres des habitations le long du canal – fièrement comme des étendars d’une histoire collective.

Stephan Goldrajch

"If it is impossible to don’t think of anything, it still possible to think of other thing" Lewis Carroll

Art has in my opinion the essential capacity to reveal what we are.
I feel like an embroiderer and a craftsman whose ambition and approach is to create links, to generate relations. I feel like the heir of arts, popular and ancestral practices which I transform, interpret again and appropriate in a contemporary way.

My work is aimed at raising awareness. The idea that what I convey is interpreted and becomes the object of a new story, stimulates me. I like the fact that what I create, can contain an infinite polysemy of significances. My approach is embodied in various techniques (crochet hook, weaving, embroidery, sewing) and is based on the necessity of links. I like working in contexts which force me to play with people who are not initiate into the art; with those who only play with the art, the relegated ones, and who accept an experience that I want mysterious.

In experiences which overturn the roles, the conventions; the beautiful, the ugly, the old, the young, the noble, the minor. I start my work mostly from deficiency, from frustrations in order to rewrite a story, to reconnect and create a brand new "somewhere else".

I make masks, embroidery, installations, drawings, legends, some objects are sometimes represented and lead to performances, meetings.

The masks I have crocheted are made for a performative use in an old people’s home. In 2012, I thus went to the old people’s home of the Ursulines, in Brussels, for a period of 6 months to develop a kind of "early evening dance" in which the residents would be involved. They were involved in different ways. They contributed to it by making costumes. They have been in some way my «mentors» by giving me their technical knowledge. I became the hands of the heads and knowledge of the elderly. The period of making costumes resulted in the dancing event in favour of which my "partners" went along with dancers wearing masks and costumes. The old people’s Home of the Ursulines so metamorphosed into gallery, into a space of artistic exploration. The residents even as the hospital staff became not witness of an exhibition but actors of a performance upsetting the roles and the statuses of each. A dialogue emerged and resulted in relations which have been maintained until an exhibition of masks in the Museum of Ixelles where all the participants of the projects were present.

The masks were created in various supports among which inflatable plastic support. They were created in Tel Aviv. Objects showed themselves in all their freedom of choreographic movement.

Another series of masks was this time created in metal. Inspired by George Didi Huberman, the idea was to represent memoirs engraved in the cranial box. Inside the created heads, I pierced with a pin the drawings which let the light shine. These represent the metaphor of the memory present in the brainpan.

The series was exhibited in the Gallery Alice Day, in Brussels, in 2007.

In 2011, “Netwerk” in Aalst invited my Méduse project. 300 knotted plastic bags by a woollen link which evaporated in a movement caused by a ventilator generating shadows on the walls of the gallery, invading light and space.

Embroidery is one of my favourite fields of investigation. I love the rigour imposed and the symbolics of another time : time and duration.
Drawing is also a major part of my work. It gives most often some background. It was shown in several exhibitions.

I am a storyteller! In 2012, 2013, I had the opportunity, within the framework of the KANAL festival, at the invitation of the Centre of Contemporary Arts “The WIELS”, to deal with the problem of the gentrification of the district of the canal of Brussels.

The ambition of the project was to create a link between both sides of the Canal, between the "high" part and "low" one. My idea was to write a legend. On the basis of the story of the inhabitants, the Legend of the Canal was thus written. The canal did not evoke any tension - but by this process – became an object of myth, that can be suitable for everyone. In association with the Atelier of the VK *, and of dressmakers of the area, patchworks were created in homage to the legend and were used as flags bearing the effigy of the symbol of the story. They were brandished at the windows of houses along the canal - proudly as a symbol of a collective history.

Stephan Goldrajch